
La performance des entreprises liée à la qualité des relations sociales
Les chefs d’entreprises en viendront-ils un jour à regretter le bon vieux conflit social avec ses grèves, ses revendications, ses négociations ? C’est peu probable, mais comparés au problème auquel ils sont aujourd’hui confrontés, ces accès de fièvre ont un mérite : ils ont valeur d’exutoire.
Les mécontentements s’y expriment, et pour peu que soient prises des mesures appropriées, le climat social s’en trouve purgé. Comment en revanche remédier au mal sournois qui mine de plus en plus le monde du travail : le stress et ses avatars, le mal-être, la déprime, les frustrations…?
Là, pas de slogans vindicatifs, pas d’explosion de colère collective, mais les ravages souterrains de la démotivation, du désengagement, de l’absentéisme, qui enferment les salariés dans la solitude et la souffrance et qui plombent les entreprises.
A qui la faute ? Pour L’économiste Thomas Philippon* « chacun a sa part de responsabilités : le management, l’encadrement, l’Etat, et un syndicalisme fossilisé qui a fini par s’éloigner des réalités de terrain ». Mais à l’origine, il y a surtout, et pour tous, les formidables mutations du travail lui-même : nouvelles technologies, nouvelles procédures, concurrence exacerbée, exigences effrénées de productivité, de rentabilité…
Conséquences : des salariés coincés entre la dictature du « toujours plus » et des injonctions paradoxales -devoir d’autonomie mais sous contrôles permanents -, qui ont de plus en plus de mal à suivre.
Comme le résume Pierre-Eric Sutter, Directeur-associé de SRM Consulting, « Le risque social aujourd'hui, ce n'est plus le blocage du travail par les travailleurs mais le blocage des travailleurs par le travail ». Avec pour corollaire, une perte de sens, de plaisir, de repères, et au bout, des relations sociales détériorées qui, selon Thomas Philippon, se traduisent chaque année par une perte de 1,5 % de PIB.
« De bonnes relations sociales avec les salariés et leurs représentants font des entreprises performantes », assure-t-il.
Reste à trouver comment y parvenir.
* Le capitalisme d'héritiers. Le Seuil, La République des idées, 2007.
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