
Quel avenir pour le DIF ?

Mis en œuvre avec la loi du 4 mai 2004, le DIF est loin d’avoir tenu toutes ses promesses. Conçu initialement pour rendre l’accès à la formation plus égalitaire et donner la capacité à chaque salarié de développer ses compétences, le dispositif ne rencontre pas encore le succès escompté.
Un bilan mitigé
Son taux d’utilisation tourne autour de 15 à 20 %. Un chiffre encore loin d’être satisfaisant même si le DIF monte en puissance depuis le début de cette année. « Les entreprises font des efforts. Les Trophées du DIF qui récompensent les bonnes pratiques en la matière aident à communiquer sur le sujet. Nous sommes dans une phase d’évangélisation où chacun attend de voir comment ça se passe pour les autres » confie Stéphane Diebold, fondateur de l’Institut Avicenne. Comparativement aux plans de formation, le DIF semble plus égalitaire et davantage accessible aux catégories socioprofessionnelles moins qualifiées, mais là encore, les résultats ne sont pas encore suffisants.
Le droit individuel à la formation rencontre aujourd’hui un obstacle d’ordre culturel. Pour Stéphane Diebold, les salariés français ont toujours été infantilisés. Le dispositif leur demande aujourd’hui d’être autonomes quant à la construction de leur projet professionnel mais sans leur expliquer comment. Et c’est bien là où le bât blesse : « Pour avoir la capacité de se projeter, le salarié doit être accompagné au sein de son entreprise. Pour être efficace, le DIF doit être conçu comme un partenariat entre l’employé et son employeur. Les managers ont donc un rôle important à jouer. C’est à eux de donner envie à leurs salariés de se former ». Pour cela, il ne suffit pas d’éditer des catalogues de formation. Le mode opératoire des entreprises françaises doit évoluer et cela demande du temps.
L’individualisation, nouveau dogme de demain ?
Les Nord-Américains qui possèdent une culture beaucoup plus individualiste que la nôtre, l’ont bien compris. La flexibilité et la formation professionnelle continue seront deux conditions sine qua non pour évoluer à l’avenir, sur le marché du travail. « À l’heure actuelle, la connaissance technique double tous les 7 ans mais, en 2030, elle doublera tous les 72 jours ! Le besoin de se former tout au long de la vie va donc devenir incontournable » précise Stéphane Diebold.
Pour tendre vers cette flexibilité, ce n’est pas seulement le droit individuel à la formation qui doit évoluer mais bien l’ensemble de notre système éducatif. Quels que soient les dispositifs mis en place par le gouvernement, chaque personne devrait être actrice de sa propre formation. Pour le directeur de l’Institut Avicenne, les salariés devraient ainsi davantage suivre l’exemple de ces Français, un million chaque année, qui se forment en-dehors de tout organisme.
Si elle ne prône pas la refonte de notre système scolaire, la réforme de la formation professionnelle propose toutefois des pistes intéressantes pour aider à développer le DIF. « L’idée de transformer le DIF en un compte épargne irait vraiment dans le sens d’une individualisation de la formation. La volonté de réduire le nombre d’OPCA est également à creuser. Je crains toutefois que cette réforme, somme toute assez consensuelle malgré le battage médiatique, n’apporte pas de grand bouleversement, ajoute Stéphane Diebold. Mais avec ou sans nouvelle loi, la formation professionnelle n’a pas d’autre choix que d’évoluer. »
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