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vendredi 22 décembre 2017

"La formation payante n'est pas forcément meilleure que le gratuit", S. Diebold, AFFEN

La formation payante n'est pas forcément meilleure que le gratuit, S. Diebold, AFFEN

Make learning great again : c’est le vœu 2018 de « l’Association Française pour la Formation en Entreprise ». Mue par l’innovation, l’AFFEN, qui revendique plus de 4000 membres, entend transformer la fonction du responsable de formation… quitte à bousculer les pratiques en place. Nos questions à Stéphane Diebold, son Président-fondateur.


Comment définissez-vous l’AFFEN, que vous avez créée en 2014 ?

L’AFFEN est une association qui s’adresse aux responsables de formation qui innovent, au niveau régional, national et international. Nous avons un peu moins de 4400 adhérents. Nous nous inscrivons à la fois dans une logique de court terme, pour permettre à nos membres d’adopter des nouveaux outils digitaux ou pour travailler sur la réforme à venir, par exemple. Mais nous réfléchissons aussi de manière prospective autour d’une question : comment apprendra-t-on dans 10 ou 20 ans ?  L’AFFEN est un think tank mais également un do-tank : nos membres sont des makers qui travaillent sur des contenus, comme les cursus AFFEN, des dictionnaires vidéo sur le e-learning, etc. Nous animons la première chaîne Youtube sur la formation professionnelle. Nos vidéos ne sont pas seulement destinées à nos adhérents : elles ont une vocation militante.

En quoi votre action est-elle « militante » ?

La formation professionnelle n’est pas encore véritablement entrée dans le 21e siècle. Des volets entiers de la fonction de responsable de formation sont obsolètes. Or, il y a beaucoup de nouvelles pratiques qui émergent, comme la relation apprenante, par exemple. L’AFFEN est un laboratoire, qui permet de militer pour un progrès social grâce à l’innovation.

Quels sont les atouts de l’AFFEN par rapport au GARF, que vous avez présidé dans le passé ?

On ne peut pas faire de comparaison. Nous n’avons pas le même contrat social. Le GARF (Groupement des Acteurs et des Responsables de la Formation) a une place importante, une couleur à apporter… et je leur souhaite un prompt rétablissement. J’ai choisi de partir en 2014 car je pense qu’il y avait besoin d’une nouvelle approche en matière d’innovation et d’international… ce qui n’était pas compatible avec leur histoire.  L’AFFEN s’appuie sur un comité de pilotage composé de personnes qui identifient et proposent des idées originales. En mai par exemple, nous avons organisé une conférence sur la blockchain avec un expert international. Nous voulons surprendre nos membres. Mais en parallèle de cette approche descendante, nous proposons à nos clubs régionaux de remonter des sujets qui les intéressent. A Strasbourg, les adhérents ont souhaité travailler sur le storytelling. Nous voulons inverser la pyramide des associations du 20e siècle.

Quel est l’avenir du responsable de formation ?

S’il reste dans sa fonction administrative, il est voué à disparaître. Car les machines seront bientôt capables de faire son boulot. Le cœur du métier demain, c’est la veille. Or, aujourd’hui, aucun responsable de formation n’aligne correctement sa veille avec les enjeux stratégiques de son entreprise. L’autre bataille, c’est la prescription en interne. Le marketing est la première innovation dont le responsable de formation du 21e siècle doit s’emparer. L’enjeu, c’est de donner envie aux apprenants ; c’est ce qui fait défaut dans le passage à l’acte. Et puis il y a la pédagogie, c’est à dire l’identification de contenus de formation disparates pour en faire un chemin. A cet égard, la formation payante n’est pas forcément meilleure que les contenus gratuits, car 80 % de la connaissance est générique. Tout dépend de la veille du responsable de formation.

La formation payante est-elle en sursis ?

Les GAFAM commencent à travailler sur des expérimentations de formations gratuites aux USA. Imaginez si, demain, Google propose des cursus gratuits de 30 heures sur le management ? Il sera alors capable d’observer en détail les comportements de l’internaute et de capter ses données. D’ici deux trois ans, il y aura des approches gratuites qui viendront des géants de l’IT américains et chinois. L’avenir reste dans le payant, mais plus à travers le même modèle. Il s’agira de faire du payant avec du gratuit. C’est la stratégie de la longue traîne : on peut faire beaucoup d’argent avec des formations gratuites, à condition d’avoir des produits annexes, que les apprenants achètent s’ils veulent. Si 10 % des 100 000 personnes qui suivent le MOOC de Cécile Dejoux achètent son ouvrage ou assistent à une de ses formations payantes… c’est gagné. Le gratuit permet de créer des communautés apprenantes sur lesquelles il faut miser. 

Par Gaëlle Fillion
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